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Département de santé animale

Directement du département de la santé animale, nous tenterons de vous informer du travail quotidien d’un vétérinaire, accompagné de la technicienne en santé animale. Prendre soin de plus de 1000 animaux, dont environ 100 espèces amène un travail très varié. Il est donc facile de s’imaginer que dans une même journée on peut prodiguer des soins à un oiseau et à un orignal ! Il va sans dire que les connaissances requises sont grandes et qu’à chaque jour on en apprend un peu plus !

Pour garder les animaux en santé, la prévention est importante. Pour les soins préventifs, la vaccination est de rigueur. Les vaccins utilisés sont les mêmes que pour les animaux domestiques. Ainsi un cougar aura les mêmes vaccins qu’un chat et le coyote aura les mêmes vaccins qu’un chien. L’orignal et tous les autres cervidés reçoivent les mêmes vaccins que ceux administrés aux bovins car ils sont sensibles aux mêmes agents pathogènes (maladies). Nous avons même débuté une vaccination avant-gardiste avec le vaccin pour le virus du Nil occidental.

Un autre soin préventif très important est le contrôle des parasites internes et externes. Ceci implique qu’à chaque printemps et automne nous analysons les selles (coprologie) de chaque espèce et nous administrons le vermifuge approprié. Dans la majorité des cas, le vermifuge est mélangé à la nourriture de l’animal.

Le taillage des sabots fait également partie des soins préventifs. Les espèces dont les sabots sont taillés, 2 à 3 fois par année, sont les mouflons canadiens, les mouflons de Dall, les chevaux, les ânes ainsi que certains orignaux.

La majorité de nos animaux sont sauvages, ceci implique donc que nous ne pouvons faire un examen complet sans anesthésie. Ainsi, une fois endormis, nous évaluons en profondeur l’état de santé de nos animaux. Nous effectuons une prise de sang (hématologie/biochimie) qui nous permet de vérifier si tous les organes fonctionnent bien, nous prenons des radiographies et finalement, nous faisons un examen dentaire de même qu’un détartrage.

D’autres tests de prévention sont requis sur une période cyclique. Depuis 1991, nous effectuons les tests de Tuberculinisation Fédéral. Aux trois ans pour les cervidés et aux cinq ans pour les bovidés. Ceci dans le but de confirmer que notre troupeau est exempt de la tuberculose bovine et d’en assurer la santé. Ce qui nous permet alors d’importer et d’exporter les cervidés et bovidés au Canada et même à l’extérieur des frontières canadiennes.

Techniquement, voici comment nous procédons pour effectuer nos tests. Premièrement, nous contentionnons (façon d’immobiliser ou de retenir un animal) les animaux pour leur injecter 0,1 ml de tuberculine intra-dermique (sous la première couche de peau qu’on nomme le derme). Cette solution permet de savoir si l’animal a déjà été en contact avec la maladie, la tuberculose bovine. Deuxièmement, nous effectuons une lecture du test 3 jours plus tard. Cette lecture consiste à vérifier si une réaction cutanée (bosse sur la peau) est présente. Lorsque qu’il n’y a aucune réaction, cela signifie que l’animal n’a jamais été en contact avec la maladie. Évidemment, ce résultat est ce que nous espérons.

Comme vous pouvez l’imaginer, ces tests sont donc un travail de longue haleine qui demande la collaboration de toute l’équipe de santé animale et des gardiens. En effet, nous devons capturer les animaux qui vivent presque en liberté dans le parc des sentiers de la nature et les amener de leur plein gré dans de grands enclos aménagés à cette fin. Il faut donc faire preuve d’ingéniosité. Nous installons un système de trappe dont la porte se referme après le passage de l’animal. C’est grâce à la nourriture que l'animal est attiré dans l’enclos de contention.

Heureusement, jusqu’à maintenant, aucun cas ne s’est avéré positif. C’est donc dire que notre troupeau est exempt de tuberculose.

Le printemps et l’été sont deux saisons très occupées car c’est le temps des naissances. Ainsi, chaque nouveau-né sera identifié, vacciné, recevra un supplément vitaminique et le nombril sera désinfecté. Les problèmes les plus fréquents chez les nouveau-nés sont la diarrhée, les pneumonies et les boiteries. Parfois aussi, la mère délaisse ses petits et alors, nous devons faire office de parents adoptifs et les nourrir au biberon ! C’est une tâche ardue mais combien valorisante ! De plus, à la mise-bas, il y a parfois des complications et l’on se doit d’intervenir.

C’est grâce à la collaboration étroite de toute l’équipe des gardiens, qui sont les yeux du vétérinaire sur le terrain, et le travail de concert avec les techniciens en santé animal que le vétérinaire peut effectuer son travail et veiller à la santé de tous nos magnifiques animaux.

Donc, la première étape lors d’une intervention pour un animal malade, est le signalement du cas. Ensuite, le vétérinaire va sur place pour faire une évaluation visuelle du patient potentiel. Par la suite, et selon la gravité du cas, l’équipe décide d’observer l’animal de 24 à 48 hres ou d’intervenir immédiatement. Il faut toujours évaluer le risque que représente la capture de l’animal et de l’anesthésie, versus la condition présente de l’animal. Une telle décision n’est pas toujours facile à prendre !

Voici l’exemple d’un cas récent. Le gardien dans les sentiers de la nature signale une boiterie évidente du membre antérieur gauche d’une femelle adulte bison.  Elle s’appuie sur sa patte mais cela semble très douloureux. Première étape, voir l’animal et essayer de l’isoler en enclos. À l’examen visuel, il n’y a aucune plaie apparente, pas d’enflure marquée, les onglons (doigts des sabots) semblent normaux, et elle a bon appétit. Deuxième étape, nous lui administrons un anti-inflammatoire pour la soulager et voir la réponse au traitement. On la dirige donc vers une cage de contention, où il est possible de faire les injections en toute sécurité, 3 jours consécutifs. Suite à ces injections, il y a amélioration de la boiterie de 75%. Cependant, nous la gardons isolée pour un repos prolongé.   

Heureusement, une semaine plus tard, tout était rentré dans l’ordre et elle retournait avec le reste du troupeau. Si la boiterie s’était empirée, empêchant tout appui sur la patte, nous aurions dû l’endormir pour prendre des radiographies. Comme il y a eu amélioration de la condition, le traitement médical a été suffisant et une anesthésie a été évitée pour l’animal.

Ainsi, chaque cas est unique et les procédures changent selon plusieurs facteurs, par exemple : l’âge de l’animal, la gravité de la condition, la température externe (à – 40 C ou à + 35 C le risque est plus marqué lors de capture et d’anesthésie), la localisation de l’animal (un orignal peut aller se cacher loin dans le bois)… Ainsi il faut faire preuve de jugement et d’adaptation ! C’est un travail très exigeant, qui ne permet aucune relâche mais qui offre la possibilité de dépasser ses limites pour offrir une meilleure qualité de vie aux animaux. C’est un travail qui offre de grandes satisfactions et gratifications car nous travaillons avec les animaux, qui sont notre passion.

Josée Tremblay, vétérinaire

mai 2003




Une création de Bell Canada et du Centre de Conservation de la Biodiversité Boréale (CCBB inc)