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Le Camp du bûcheron

Il y a eu deux grandes périodes pour l’exploitation forestière : la première pour la construction navale et la seconde pour la « pitoune » (billot de bois pour pâtes et papiers et autres produits du bois) dont la matière première était l’épinette noire. C’est à cette dernière période qu’on doit l’origine du développement industriel du lac Saint-Jean. Le camp forestier reconstitué dans les Sentiers de la nature représente un camp du début du 20ième siècle.
Le camp était fait de plusieurs bâtiments dont le plus imposant était le quartier des bûcherons. Les hommes y vivaient à plusieurs dans des conditions de vie rudimentaires. Ils dormaient sur des lits de bois tapissés de branches d’épinettes qui étaient appelés des « beds à boeu ». Occasionnellement, une épidémie de poux pouvait sévir et grandement agacer les dormeurs. Apparemment, en retournant leurs maillots de corps, les hommes gagnaient une heure de tranquillité car les poux prenaient une heure pour traverser le tissu !
Ce bâtiment était chauffé avec un poêle appelé « truie à deux ponts ». Chaque homme devait s'en occuper à tour de rôle car les habitants du camp ne voulaient pas se réveiller avec les pieds gelés et du frimas sur la moustache.
Un autre bâtiment très important était la « cookerie ». C’était là que la nourriture était préparée et où dormait le « cook ». Les bûcherons y mangeaient une nourriture peu variée mais riche (cretons, fèves au lard (beans), patates, soupe…) et comme breuvage, du thé assez fort pour faire flotter un clou ! Les hommes devaient respecter certains règlements, comme manger à la même place et garder le silence. Le « cook » était un élément important dans la vie du camp et certains travailleurs refusaient d’aller dans un camp, plutôt que dans un autre, si le cuisinier n’était pas bon. Ce dernier était alors surnommé le « bouilleux ». Le cuisinier avait un assistant nommé « chore-boy ». Il s’occupait de charrier l’eau et le bois et d’aider le « cook ». C’est aussi lui qui nettoyait les camps.
Un autre bâtiment plus petit, servait de magasin, c’était « l’office ». C’était le commis qui s’occupait de procurer aux bûcherons du tabac, des couvertures, des limes et d'autres biens mais pas d'alcool, car l'alcool était interdit au camp. Le commis était aussi chargé de la comptabilité et de la paye des hommes. Il était le bras droit du « jobbeur ».
Le responsable du camp, le « jobber » avait son propre logis. Il était engagé par la compagnie forestière et était responsable du bon fonctionnement du camp. Il n’était pas nécessairement instruit mais avait un bon sens des affaires. C’était également lui qui recrutait tous les hommes pour travailler au camp.
Ils y avaient deux autres bâtiments très importants au camp : l’écurie et la forge. Les chevaux étaient essentiels aux « bûcheux » et ils devaient donc en prendre grand soin. Le forgeron, quant à lui, était l’homme clé du camp car il était affecté à la fabrication d’outils et à la réparation d’équipements de chantier. Il faisait aussi office de maréchal ferrant et réparait les voitures ainsi que les attelages. Il était considéré par le « jobbeur » comme le travailleur le plus important du chantier.
La vie au camp n’était pas facile et les bûcherons travaillaient de l’aube au coucher du soleil. Cependant, malgré le dur labeur, c’était une source de revenus souvent cruciale pour les cultivateurs et leurs familles. Vers 1870, les Baptist, en Mauricie, payaient à leurs bûcherons ordinaires la somme de cinq ou six dollars par mois, avec les repas compris. Au début du siècle, tous les hommes étaient payés à la journée au salaire uniforme de un dollar par jour. Vers 1938, le gouvernement de Maurice Duplessis légiféra et fixa la rémunération des travailleurs forestiers à 37 $ par mois ou 1.40 $ la corde de bois.
Heureusement pour les travailleurs du bois les temps ont bien changé…
RÉFÉRENCES
- Boucher, Thomas. 1952. Les chantiers de la Mauricie Dans Mauricie d’autrefois. Éditions du Bien Public. Collection Histoire Régionale. Vol. 11. 206 pages.
- Musée National de l’Homme. 1983. Le bois et la main-d’œuvre au XIXe siècle Dans Oracle. No : 45. Publications Musée National de l’Homme. 8 pages.
- Sauvageau, Thérèse. 1998. Dans le bon vieux temps c'était comme ça.… Éditions Anne Sigier. Sillery. Canada. 93 pages.
- Sélection du Reader’s Digest. 1981. L’art de vivre au temps jadis: tout le savoir faire de nos grands-parents. Sélection du reader’s Digest Canada Ltée. Montréal. Canada. 384 pages.
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